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Discours du 11 novembre 2014



Vous trouverez ci-dessous le discours que j'ai prononcé à l'occasion des cérémonies commémoratives de l'armistice du 11 novembre 1918*.


Madame le Sous-Préfet,
Monsieur le Commissaire,
Madame la Conseillère régionale,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le Commandant des pompiers,
Messieurs les Présidents d’association d’anciens combattants,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Le 25 juillet 1914, quelques jours avant son assassinat et le déclenchement de la guerre, Jean Jaurès tint ces mots à Vaise, comme une prémonition malheureuse des évènements à venir :
« Eh bien ! Citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entrainerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne. […]
Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation. »


Ils avaient 18, 20, 25 ou 30 ans. Ils s’appelaient Frédéric, Amédé, Victor, Auguste ...
Ils étaient ouvriers, artisans, commerçants avant que la guerre ne leur ôte la vie.
Ils étaient Creillois et sont morts pour la France.
Nous leur devons d’être ici. Nous leur devons à jamais la reconnaissance de celles et ceux qui sont en vie. Ils sont notre fierté.
Nous qui sommes leurs héritiers, nous devons être à la hauteur de leur sacrifice en oeuvrant à la paix.

Lorsque de sombres heures s’annoncent, que la peur du crépuscule vous prend aux tripes et que les stigmates de la guerre marquent chaque foyer endeuillé par la disparition d’un fils, d’un frère, d’un père, d’un mari, d’un ami, peut-on imaginer l’apaisement et le soulagement de voir l’aube se lever à nouveau sans les cris, les pleurs et le bruit de la mitraille ?
A 5h15, ce lundi 11 novembre 1918 dans la clairière de Rethondes, s’acheva la guerre. A 11h, la délivrance, le cessez-le-feu entraîne dans toute la France des volées de cloches et des sonneries de clairons.

Ravage et barbarie, sont les noms d’une parenthèse sanglante qui entra brusquement dans le quotidien de millions d’hommes et de femmes et laissa derrière elle, une trace indélébile.
Les branches cassées de nos arbres généalogiques en témoignent, comme les traces qui nous entourent, 96 ans après, figées dans les murs et dans la terre, morceaux de douilles, cratères et impacts, champs labourés par les obus où ne seront récoltés que les corps sans vie et des croix de bois.

Durant quatre années interminables, le sol de notre patrie fut meurtri par le fer et le feu, souillé par les gaz asphyxiants qui laissèrent les plus horribles brulures et blessures dans le corps de ceux qui en furent les victimes.
De retour de ces tranchées grouillantes de vermine, pleines de boue, où se répandait la maladie, l’écrivain-soldat Maurice Genevoix disait « Ce que nous avons fait, c’est plus que ce que l’on pouvait demander à des hommes et nous l’avons fait».

Pourtant, souvenons-nous bien que la ligne de front n’est que la partie visible de la guerre. A l’arrière, rythmé par les allers-retours incessants des soldats blessés, travaillent celles et ceux qui font tourner le pays, ceux qui ne peuvent pas combattre et bien sûr les femmes, qui s’illustrent par leur engagement, leur abnégation et leur exemplarité.

A Creil, parmi ces femmes courage, on compte l’une des plus célèbre d’entre-elles. Marie Curie a en effet séjourné dans notre commune au sein de l’hôpital d’évacuation pour y mettre en place un centre de radiologie et réaliser des examens médicaux ô combien précieux pour préserver la vie des hommes blessés au front.

Les civils ne sont pas exemptés de leur lot de malheur. Là où passe l’occupant, ils font l’objet de la barbarie la plus inqualifiable.

A Creil, au cours des quelques jours d’occupation de septembre 1914, la rue Gambetta est incendiée. En représailles aux attaques et aux actes de résistance qu’ils avaient rencontré, les soldats allemands, en entrant dans Creil, commencent par enfoncer les portes des maisons de la rue Gambetta, puis ravagent les habitations en y jetant des grenades incendiaires et des fusées.

Voilà comment s’illustre l’arrivée fracassante de la guerre dans notre commune, par la destruction totale de 70 maisons. Plusieurs autres suivront, l’incendie de la maison de Monsieur Bouchard, Directeur de la société de produits chimiques et de colorants de Creil, située à l’angle de la rue Somasco ou encore celle de l’ex-député de l’Oise, Robert Heuze. Lui-même, mobilisé aux armées et qui mourut au champ d’honneur en 1916.

Les occupants ont également recours à de fréquentes prises d’otage, se servant des civils comme boucliers humains. Ce fut le destin tragique que connu Eugène Odent, Maire de Senlis, pris en otage puis fusillé froidement dans un champ avec 6 autres senlisiens âgés de 17 à 66 ans.

A Creil, les prises d’otage furent nombreuses. Contraints à précéder, la peur au ventre, les colonnes de soldats allemands à travers la ville, beaucoup d’entre eux sont ensuite abattus.
C’est le cas d’Auguste Brèche, bistrotier du Quai d’Amont, accusé d’avoir tiré sur l’ennemi, il le paya de sa vie. Amédé Parent, tué rue du Grand Ferré, alors qu’il tentait de fuir ou Victor Gelée abattu alors qu’il descendait la cour du château.
Leur sang a coulé dans les rues que nous empruntons à présent.

Combien de Creillois encore ont connu la même issue au front, comme l'aspirant Maurice Gallé du 106e RI, le fils unique des propriétaires de la faïencerie, tué le 25 septembre 1916 avec 630 autres soldats à Bouchavesne.

Combien de familles endeuillées, combien de foyers martyrisés. Ils ont été nombreux les sacrifices et les actes de bravoure.

C’est toujours face au fléau et au chaos que se révèlent la dignité et l’héroïsme.
Face à l’innommable et la tragédie qu’est la guerre, paradoxalement l’humanité apparait souvent sous son visage le plus touchant, là sous les traits de la camaraderie et de la fraternité qui unissent les hommes au fond des tranchées, là sous ceux de la ténacité sans failles des jeunes veuves dont les larmes tachent les sols des ateliers et des usines, mais jamais ne renoncent à la vie.

Et finalement, ce 11 novembre 1918, soudain la guerre et son cortège de souffrances prirent fin et les cloches et les clairons se mirent alors à retentir dans chaque village.

Pourtant, cette joie immense de la victoire était mêlée d’un profond sentiment de deuil et de tristesse. La France pleurait ses morts et voyait revenir du front des millions de blessés et d’invalides. Jamais le monde n’avait connu guerre plus meurtrière.

Bien que les menaces de conflit armé semblent lointaines, il nous faut nous souvenir que la paix est fragile. Nous souvenir du sens des valeurs et du sens du devoir qui sont plus grand que chacun d’entre nous. Nous sommes chacun d’entre nous, les héritiers et les gardiens de la paix qui nous a été légué, c’est à chacun d’entre nous d’être vigilant pour que les bruits de bottes restent enterrés dans les limbes de l’histoire. Ayons également conscience que certains de nos compatriotes risquent encore leur vie chaque jour pour que la barbarie et la haine ne reprennent pas le pouvoir. La semaine dernière, un jeune toulousain de 32 ans a ainsi payé de sa vie l’engagement de la France dans une opération de maintien de la paix au Mali.

Cette journée doit nous rappeler que nous sommes un seul et même peuple qui a terriblement souffert mais qui a su se rassembler et faire front.
C’est donc naturellement vers la jeunesse que mes pensées se tournent aujourd’hui. Commémorer l’armistice du 11 novembre, c’est non seulement regarder vers le passé, mais c’est aussi éclairer notre avenir. Commémorer le 11 novembre 1918, c’est espérer un avenir où jamais plus personne n’aura à endurer ce qu’ont vécu nos ainés.

Toutes celles et ceux qui vécurent cette période furent à jamais marqués, pour certains à jamais brisés.
Lorsque j’ai cherché les mots que je souhaitais partager avec vous ce matin, j’ai surtout fait le constat que c’était peine perdue et qu’il n’y a pas de mots assez forts pour décrire l’horreur du champ de bataille, l’interminable attente des Poilus dans les tranchées, la peur au ventre qui vous prend avant l’assaut, le sentiment d’une mère lorsqu’on lui annonce que son mari ne reviendra pas. Le bilan de cette guerre est connu de tous et les chiffres donnent le vertige.
Ce fut la grande guerre. 9 millions de morts, 20 millions de blessés. Lorsque les mots et les chiffres ne sont pas assez forts pour donner la mesure d’une tragédie, d’une déchirure, restent alors le recueillement.
Je voudrais que nous prenions ensemble la dimension de ce qu’ont enduré des hommes et des femmes que rien ne destinaient à traverser cette épreuve.
C’est le sens de la minute de silence, qui a été inventé en 1919 pour le premier anniversaire de l’armistice.
Je vous demande donc, en mémoire de la guerre et de ses victimes de bien vouloir respecter cette minute de silence, parce que nous leur devons bien ce geste.

Je vous remercie de votre attention.




* Seul le prononcé fait foi.


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